Travaux d'aiguille

Ces temps-ci je passe mon temps à broder des coeurs – à la machine. Rien à voir avec les travaux d'aiguille d'antan. 

Mais c'est comme pour tout – nous nous servons un peu partout de machines ultramodernes, nous nous entourons de gadgets électroniques et notre quotidien s'en voit complètement changé : De nos jours, nous communiquons par quelques clics de clavier, avec des ami(e)s dans le monde entier et souvent seul les fuseaux horaires nous séparent.

Aussi longtemps que je peux me souvenir, j'ai aimé créer des objets avec mes mains. Depuis que je suis toute petite, j'ai pu l'observer à l'ouvrage. Je me souviens encore des motifs au point de croix qu'elle brodait sur nappes, dessous de verre et serviettes de cuisine. J'ai le souvenir de grands tableaux en gobelin dans des coloris ternes et sombres qui finissaient par décorer les parois de son salon et j'ai l'impression qu'elle les brodait durant les longs après-midi d'automne. Dans ma tête j'associe à ces images l'odeur des bougies et biscuits de Noël et j'ai un souvenir de douceur, de paix et de quiétude. 

Avec beaucoup de patience, elle m'a aidée à la confection de mes premiers pulls tricotés et m'a toujours encouragée à poursuivre ce que je commençais. Je me souviens que nous passions des après-midi au jardin à travailler chacune à son "ouvrage". Moi je faisais probablement dans le futile (des fleurs au crochet par exemple) et elle crochetait des rideaux en dentelle au filet pour notre grande maison. Je me souviens du modèle que j'avais choisi pour ma fenêtre : il y avait des milliers de carreaux vides et seulement au fond une bordure décorative pour rendre ce long travail un peu plus varié. Quel courage. 

Et elle était toujours curieuse à découvrir de nouvelles techniques et matériaux. Ainsi,  elle s'amusait à nous tricoter des chaussettes dans les premiers fils "à motif jacquard intégré" disponible dans le commerce. 

Ce n'est que par hasard qu'elle me raconta, il y a quelques années, qu'elle maitrisait l'art de la dentelle à la navette - un passe-temps qu'elle partageait avec ses soeurs avant de se marier. Dommage que je ne l'ai pas su plus tôt. J'aurais aimé qu'elle me montre comment faire.

Ensuite, ses yeux commençaient à être trop fatigués, ses mains aussi. Alors plus de travaux d'aiguille – je suis fière d'avoir pris la relève et elle me manque déjà. Ma grand-mère s'est endormie hier soir pour toujours à l'âge de 98 ans.

Une page se tourne …


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